Lorsqu’on souhaite aménager son jardin, son balcon ou sa terrasse, on aimerait dans la mesure du possible créer des aménagements apportant de la gaieté et de la couleur tout au long de l’année. Si cela est largement possible 9 mois dans l’année, en hiver les choses se compliquent. Le froid, le gel et la neige empêchent tout développement dans des paysages dormant. A ne pas s’y méprendre, quelques rares plantes vivaces fleurissent durant les mois les plus difficiles (septembre à mars), dont les bruyères. En y regardant de plus près, toutes les bruyères ne se ressemblent pas : on distingue le callune, appelée à tort bruyère commune et la bruyère, la vraie.

Les deux sont de la même famille botanique, celle des Ericacées. Toutefois la bruyère appartient au genre Erica et le callune au genre Calluna. Le genre Erica regroupe 11 espèces au total, dont « carnea » qui est l’espèce majoritairement cultivée dans les productions horticoles car elle s’adapte très bien à tout type de sol. Le genre Calluna compte uniquement une seule espèce, « vulgaris« . En revanche cette espèce se décline en plusieurs cultivars, qui justifient du choix des couleurs sur les étalages de votre fleuriste.

Même s’ils sont très ressemblants, des petites différences existent. Prenez note et devenez incollable sur la question !

Les fleurs

Dans les deux cas, la gamme de couleur associée s’étend du rose et blanc jusqu’au violet en passant par le mauve. Aujourd’hui, les cultivars créés chez le callune permettent d’élargir la gamme de couleur au bleu, au vert ou encore à l’orange.

Erica carnea – la bruyère

En y regardant de plus près, on peut remarquer que les fleurs de la bruyère se présentent comme des grelots ou des clochettes. La corolle est constituée de 4 pétales soudés, ayant au bout 4 pointes, le tout formant une petite ouverture. Cette corolle cache les étamines et le pistil où seule l’extrémité de ce dernier est visible. Pour le callune, on remarque qu’il s’agit d’une fleur double, avec deux couches superposées de 4 pétales chacune, le tout formant une élégante double étoile. L’ouverture est ici beaucoup plus grande et on peut apercevoir les étamines et le pistil.

Il est vrai que même avec ces informations il est difficile de différencier ces deux genres avec des fleurs si petites.

Les feuilles

Qu’il s’agisse de la bruyère ou du callune, ils présentent des feuilles très originales et réduites à presque rien. Ce sont pourtant bien elles qui vont vous permettre de faire la différence entre les deux.

Les feuilles de la bruyère sont réduites à de nombreuses aiguilles insérées au niveau des nœuds, appelées plus couramment aiguilles verticillées. Entre deux nœuds, vous verrez la tige rougeâtre de la bruyère. Dans le cas du callune, les feuilles ne sont pas celles qu’on pense ! A première vue, on voit des tiges charnues recouvertes d’écailles que l’on considère souvent à tort comme les feuilles. En réalité, botaniquement parlant, chaque écaille est une feuille. Ce détail vous permettra de différencier facilement les deux genres d’Ericacées.

Elles ont adapté leur feuillage au cours de l’évolution car les feuilles sont une interface majeure dans les échanges entre l’atmosphère environnante et la plante, et notamment les échanges d’eau. Poussant dans des régions sèches, elles ont réduit au maximum la taille de cette interface pour limiter la transpiration et donc garder le plus d’eau en elles. On retrouve également ce phénomène chez les Cactacées par exemple.

Leurs emplois ornementaux

Ces plantes vivaces sont appréciées dans le domaine horticole pour leur floraison automnale et hivernale, leur adaptabilité à différents milieux et leur rusticité. Comme elles sont ligneuses, leurs tiges ne disparaissent pas lorsque ces végétaux sont au repos. Résistants à la sécheresse, la bruyère et le callune ont colonisé de grands espaces tels que les landes et peuvent croître dans des sols basiques et pauvres en éléments nutritifs. L’espèce la plus cultivée dans le genre Erica est « carnea« . C’est elle qui arrivera le mieux à s’adapter à des pH très différents dans le sol ; tandis que les autres espèces ne pousseront que dans des sols à pH acides. En culture, les deux genres ont un port buissonnant bas tapissant et s’emploient comme couvre-sol. Ils s’adapteront bien aux bordures, jardinières ou parterres fleuris associés à des conifères ou des écorces de pin.

Il n’est toutefois pas conseillé de les cultiver trop près de votre lieu d’habitation. Etant très mellifères, ils seront visitées par de nombreuses abeilles en quête de nectar, alors que les fleurs se font de plus en plus rares pour la saison.

Un peu d’histoire

Peut-être connaissez-vous la pipe de bruyère, aussi appelé pipe de Saint-Claude, qui comme son nom l’indique, est produite à partir du bois de bruyère ? Cette plante vivace ligneuse rustique a la propriété d’être difficilement inflammable. C’est donc tout naturellement qu’au milieu du XIXe siècle, les maîtres-pipiers ont décidé d’utiliser son bois pour fabriquer les pipes. Pour cela, ils recherchent une partie bien précise d’Ericaarborea (une espèce d’Erica arborescente) appelée le broussin, située entre les racines et le tronc. Après plusieurs phases de conservations, de stockages et de traitements thermiques, les pipes sont taillées dans cette essence.

La minute scientifique

  • En réalité, la double fleur du callune est botaniquement parlant pas constituée de deux couches de pétales. La couche inférieure est un deuxième calice, c’est-à-dire une deuxième couche de sépales colorés au couleur des pétales. On l’appelle plus couramment un calice pétaloïde. Les vrais pétales sont plus petits et correspondent à la deuxième couche supérieure. C’est pourquoi on a ces deux étoiles.
  • Les racines de la bruyère et du callune présentent la particularité d’être associées à des mycorhizes (champignons pénétrant dans les couches superficielles des racines d’un végétal), qui vont créer une symbiose entre la plante et le champignon. Une symbiose est une association de deux individus où chacun va donner quelque chose à l’autre, dans le but que les deux parties stimulent leur développement. Dans notre cas, le champignon puisse des éléments minéraux dans le sol et les restitue en partie à nos Ericacées. En retour, ces plantes vivaces vont donner en contrepartie des éléments énergétiques qu’elles ont synthétisés via la photosynthèse. Le champignon a besoin de ses éléments énergétiques pour se développer et qu’il ne peut synthétiser lui-même. A l’inverse nos plantes, vivant dans des conditions pauvres en éléments nutritifs, ont besoin de ces derniers pour mieux se développer. Elles ont un besoin plus grand que ce qu’elles ne peuvent absorber (car les éléments absorbables sont rares dans le sol) ; c’est donc le champignon leur en restitue une partie.

Voilà, maintenant vous êtes incollables sur les bruyères et les callunes ! On est certain que vous y regarderez à deux fois avant de vous lancer dans l’achat de l’une de ces Ericacées.

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